13 mai 2008

Le temps d'une tasse et d'un livre

420196754.jpgLes objets signifient l'absence, la présence, le plein et le vide, le souvenir, un sentiment. L'histoire que j'ai envie de raconter aujourd'hui est l'histoire d'un livre et d'une tasse. L'une est vide de lui, l'autre est plein d'elle.
 
La tasse ne sert pas souvent, seulement quand il est là. C'est un peu son mug à lui. Personne, ou presque, n'a le droit d'y boire dedans. Elle est pour lui. Ce week-end, il s'en est servi. C'était bien. Il a bu du thé, avec un sucre, et du chocolat chaud. Posée sur la table à côté de la mienne, nos tasses se font face, comme nos corps de part et d'autre de la table. C'est bien aussi.
Lundi après-midi, quand je suis rentré, j'étais à nouveau seul. Et la tasse était toujours là, dans l'évier de la cuisine. Il était parti, avait rejoint sa vie et sa ville. Et je restais là, avec sa tasse et nos souvenirs du week-end.  Le mug et mon appartement étaient vides de lui. Absence et silence après un trop plein de tendresse.
 
Le livre est de Daphné Du Maurier. Il est arrivé d'Ecosse, par le courrier. Sur l'enveloppe, une écriture, son écriture. Elle vit à Glasgow maintenant, et notre amitié résiste au temps qui passe. C'est toujours un plaisir de la voir, de la lire, de l'écouter. Elle sait mon amour des livres, je connais aussi le sien. Réciprocité d'une relation particulière avec les mots, les histoires. J'aime Du Maurier pour sa sensibilité, son choix subtile du lexique, la précision de la description, mais aussi l'exotisme de son écriture. J'aime le glissement du quotidien vers le poétique. Ce livre, c'est mon cadeau d'anniversaire. Je sais que les livres qu'elle m'offre sont toujours personnels, des expériences qu'elle me fait partager.
 
La tasse et le livre sont mes compagnons quotidiens. Le livre marque sa présence sublimée dans mon chez-moi, tout comme la tasse vide est remplie de son absence physique. Les objets sont porteurs de sens, et j'accorde une importance symbolique à chacun. Je ne suis pas matérialiste, et ce sont souvent les petits objets qui ont la plus grande valeur à mes yeux. Un livre, c'est un voyage mental, un bonheur scriptural, une trace de l'amitié, même quand une mer nous sépare. Une tasse, c'est le partage autour de la table, le goût exquis de ses lèvres posées pour boire, sa main sur la cuillère pour remuer le sucre. Ce sont ses gestes, ses mots, ses sens.
 
Je range la tasse sur l'étagère, en espérant qu'il viendra vite s'en resservir et je prends le livre pour retrouver son amitié entre les lignes... 

04 mai 2008

Le temps d'un anniversaire

Le 30 avril 2007 n'est pas vraiment une date importante. Je me souviens que c'était un lundi, et que nous faisions le pont. Ce jour-là n'est pas capital, sauf pour ce blog. Cette date-là correspond à son ouverture. Son titre faisait référence à un titre de Marguerite Duras, "L'après-midi de Monsieur Andesmas". De ce titre-là, il ne me reste qu'un pseudo. Un pseudo qui ne me sert qu'à commenter sur vos espaces à vous, car je n'ai pas très longtemps caché mon prénom. Les après-midi ont défilé, les jours et les semaines aussi. Un an plus tard, je suis toujours là. C'est la première fois que je garde un blog aussi longtemps. Il a changé de nom depuis, plusieurs fois. "La vie en prose", en référence à une chanson de Piaf et à l'écriture, a été son nom à un moment, et il s'appelle aujourd'hui "Le temps de...". Après-midi, vie, temps... Les titres sont restés dans la même thématique. Le temps m'obsède, sans le vouloir.

Je pourrais faire aujourd'hui un bilan de cette année écoulée... Un déménagement, une rencontre, un CDI... Vous le savez déjà. Certains me lisent depuis le début, d'autres depuis moins longtemps mais j'ai créé des liens avec des lecteurs. Les échanges sont plus ou moins furtifs, d'un commentaire à un autre, ou d'une conversation MSN à une autre. J'ai rencontré l'un de mes lecteurs... Il y en a d'autres que j'espère un jour voir. De cette année du blog est né un petit recueil de textes que j'ai sobrement intitulé "Fragments". Il regroupe certaines notes, dont la plupart ont disparu d'ici, et aussi quelques textes, des poèmes principalement, écrits depuis le printemps 2003.  Ici, j'ai extériorisé une partie de mon passé. Non, je n'ai pas fait de thérapie par l'écriture d'un pseudo journal intime. J'ai simplement partagé avec qui le voulait bien des bribes d'existence, des moments qui me touchent et m'émeuvent encore. J'espère aussi partager avec vous quelques projets. L'an dernier, j'avais mis en place mon "Pacte Personnel". J'hésite à le refaire cette année, mais j'y pense...

Alors, en attendant, re-bienvenue sur mon blog, deuxième année!!

29 avril 2008

Le temps d'un désintérêt

Ce soir, je rentre fatigué. Encore une journée longue, laborieuse, interminable, insupportable. Encore une journée où le conflit avec certaines personnes est sur le point d'exploser. Mais il faut l'éviter. S'énerver ne servirait à rien. Ne pas crier, ne pas criser, ne pas, ne pas... Ne rien faire, si ce n'est se taire. J'en ai assez de devoir faire et refaire les choses que j'ai déjà faites. Notre directrice a embauché une conseillère pédagogique. Terme usurpé, car elle fait de l'administratif. Mais passons là dessus. Le problème, c'est qu'elle ne sait rien faire, ou presque. Lorsqu'elle veut faire du zèle, elle donne certaines informations à une personne, puis des informations contradictoires à la seconde, et enfin la contradiction de la contradiction, qui n'est pas l'information initiale, à une troisième. Et nous, au milieu, on change nos plans toutes les heures en fonction des informations qui nous arrivent... quand elles arrivent... Aujourd'hui, elle s'est permise de faire l'ordre de passage pour les oraux que je vais faire passer pour remplacer une collègue absente et de les transmettre aux élèves, sans m'en informer. Sauf qu'elle a placé les oraux pendant les heures de cours des élèves de ladite collègue, au moment où moi j'aurai des cours à assurer. Pourtant, avant les vacances, je lui avais donné mon ordre de passage, mes heures, mes plages prévues... Elle a évidemment perdu la feuille. Les enseignants, moi le premier, en sommes arrivés à faire des copies des papiers que nous lui donnons, des copies de toutes les informations que nous avons besoin de faire circuler. Faire le travail, le voir défaire par elle, puis devoir recoller les morceaux... Ca en devient fatigant. Je me retrouve à devoir régler des problèmes d'URSSAF et d'ASSEDIC de la comédienne que nous avons engagée sous prétexte que j'étais responsable du projet. Projet qui n'était pas le mien, car aucune de mes classes n'était concernée, mais parce que je connais la comédienne. Je ne suis pourtant pas l'employeur. J'ai appris, cette après-midi, de façon très indirecte, que l'an prochain, je serai prof principal des CAP 1ère année, et non plus de la 2ème année, parce que je suis strict dans la gestion administrative de mes conventions de stage, contrairement au collègue qui deviendra alors prof principal de 2ème année en lieu et place de la 1ère année. On m'a également demandé de participer à l'élaboration des emplois du temps pour l'an prochain, car la conseillère pédagogique - encore elle! - n'est pas capable de se servir du logiciel... Oui, je veux bien aider, mais j'en ai marre de me récolter du boulot, parce qu'on me dit compétent pour le faire. J'en ai marre aussi de porter ce groupe d'élèves dont je suis prof principal à bout de bras, marre de ce rapport de force que j'ai installé entre un élève et moi parce qu'il est trop bête pour comprendre quand je lui parle. J'ai passé des récréations entières à discuter avec lui, à lui faire comprendre - en vain - pourquoi et comment ne pas gâcher l'avenir qu'il peut avoir. Il n'a pas entendu les mots, il n'a compris que l'autorité. Je déteste ces rapports d'autorité. Les élèves me connaissent et me craignent. Ils me savent sévère mais disponible et à l'écoute. La crainte est là, mais le respect, d'un côté comme de l'autre, s'est installé dès le début de l'année. Mais en cette fin d'année scolaire, je suis fatigué, car j'ai d'autres échéances en dehors de cet établissement. Ce soir encore, je sens que j'ai besoin de partir, de faire autre chose, de changer d'air. Il y a eut ce magnifique week-end, où j'ai pu rêver ma vie. Et il y a aujourd'hui, où le rêve me paraît illusoire. Désillusion d'un quotidien qui ne me ressemble définitivement plus. Je veux mon petit-copain près de moi, chaque matin autour d'un petit déjeuner à l'ombre des arbres, à rêver l'avenir...

28 avril 2008

Le temps de la Finlande

Trouvée vendredi (avant que Chéri n'arrive!) à Paris, cette petite carte me laisse penser que les blogueurs m'avaient laissé pas mal d'indices pour que je ne les oublie pas pendant mon week-end. Après notre lapin-pas-caractériel-mais-chanteur, voilà une carte qui m'a fait penser à notre expatrié Lunaboy : 

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27 avril 2008

Le temps d'un lapin!

On était à Paris... On savait que le Lapin givré n'était pas là, mais on a quand même réussi à retrouver sa trace vers Saint Michel... Enfin, j'espère que notre lapin blogueur n'est pas si caractériel... ;-))

La preuve en photo:

 

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22 avril 2008

Le temps d'une danse

C'était un dimanche après-midi. Comme chaque année, à la période des fêtes, l'école de danse organisait un spectacle. Tout le monde est à la fête, pris dans l'euphorie de Noël. L'envie de danser de chacun était forte. Derrière le rideau, nous nous échauffons avant que le spectacle ne commence. Derrière, dans une loge, il y a un garçon qui ne s'échauffe pas. Ce garçon, c'est moi. Je vérifie mes costumes, finis de me coiffer et me maquiller. Je crois que je danse dans l'un des premiers ballets, ou peut-être pas. Je ne me souviens pas. Il doit y avoir la présentation, où nous sommes tous présents sur scène. Mais je m'en moque. Je jette un regard à mon portable. Pas de message, pas d'appel. Quelques filles de mon groupe viennent me rejoindre. Il faut faire passer l'énergie. Je n'en ai pas, mais je veux bien en prendre un peu, si quelqu'un se dévoue. Dans quelques minutes, le rideau s'ouvrira. Je sourirai, comme je sais si bien le faire. Avant de rejoindre le plateau, je regarde mon portable une dernière fois. Rien.
Les ballets commencent, s'enchaînent. Il y a d'abord quelques petites, et parmi eux je remarque un petit garçon. Il est nouveau dans l'école. Un garçon, c'est plutôt rare. Je ne suis plus seul. A l'école de danse. Il évolue au milieu de toutes ses petites filles en tutu Il semble à l'aise, sans doute plus que moi. A cet âge, il n'y a pas vraiment de trac ou de doutes. On fait les choses sans qu'elles s'imposent. Quant à moi, je fais les choses parce qu'elles s'imposent. Ce petit garçon ne continuera pas la danse, il n'en fera qu'une année. Je le regarde danser. Il est attachant. Je me faufile derrière un pendrillon et rejoins la loge. J'ouvre mon sac, regarde mon téléphone. Je n'ai reçu ni message, ni appel. Rien.
Il y a l'entracte. C'est le moment d'aller rejoindre les amis, les parents, la famille. Je n'ai demandé à personne de venir me voir. Je n'ai envie de contact avec personne, sauf peut-être avec ce téléphone qui ne sonne pas. Je reste seul, dans la loge. Je range les costumes, vérifie que mes tenues sont prêtes pour la deuxième partie. J'en profite pour enfiler mon premier costume. Collant, chaussons, t-shirt, un ballet classique sans doute. Les pirouettes me tournent déjà la tête. Un oeil sur mon portable. Silencieux, comme la loge.
Le spectacle reprend. Comme à mon habitude, je me cache derrière un pendrillon, au fond de la scène. Sans être vu, je peux profiter du spectacle. Je remarque que le petit garçon est à nouveau sur scène. Il danse, il sourit. Il danse et il sourit à la vie. Quelle chance. Sa petit âme est encore si rose. Il a à peine cinq ans, peut-être même moins. Je le regarde. Plus il sourit, plus je suis triste. Plus il danse, plus j'ai envie de pleurer. Dans le noir, personne ne sait où je suis. Personne ne peut voir les larmes qui me montent aux yeux. Il ne faut pas que je pleure; le maquillage coulerait. Mais je m'en moque. Dans quelques minutes, je serai à la place du petit garçon. Mais la petite âme rose aura quitté la scène pour laisser mon âme grise occuper l'espace. Je danserai l'innocence perdue, pour toujours. A jamais. Avant d'aller sur scène, je ne peux m'empêcher de jeter un oeil à mon téléphone. Il y a un message reçu.
Je lis ce petit texto. Je repose le téléphone. Je n'ai pas vraiment le temps de réfléchir, c'est à mon tour de danser. Mon âme a définitivement changé de couleur. Le noir sur scène me laisse une seconde de répis. Je reprends mon souffle, me positionne. La musique commence, les lumières s'allument. Et je danse à lui. Je danse à son départ à et à sa lâcheté, je danse à ce texto peu courageux. Il vient de me quitter, comme je le préssentais. Quelques instants, je les oublie, lui et son message. Quelques minutes seulement, je m'ennivre de mouvements, de musique et de lumière. Puis le noir revenu sur scène, je retourne me cacher derrière mon pendrillon. Seul à nouveau, je pleure. Je pleure à ce garçon qui vient de me quitter, à ma malchance amoureuse. Je pleure en regardant le petit garçon qui danse de toute son innocence. Quant à mon innocence à moi, elle coule le long de mes joues, puis s'évapore. C'est fini.

20 avril 2008

Le temps d'une autre réflexion

Hier après-midi, dans un café où je sirotais un verre, l'écran diffusait le début des matches de football de ligue 1. Je jetais un coup d'oeil sur l'écran de temps à autre, et je découvrais les tribunes de spectateurs. Evidemment, j'ai repensé à cette histoire de banderole des supporters du PSG. Ce qui me surprend dans ce genre de rencontres sportives, c'est l'engouement sans limite des spectateurs. Je ne peux m'empêcher de penser à ce que Sarah Kane, dramaturge britannique, suggérait. Elle expliqua dans une interview peu de temps avant sa mort qu'elle était surprise des degrés d'analyse que pouvaient faire les supporters pendant un match de foot. Elle exprima aussi, et surtout, son regret de ne pas voir cela au théâtre. 
 
Le parallèle ainsi dressé entre le football et le théâtre peut paraître surprenant, peut-être même déplacé. Pourtant, si l'on y regarde de plus près, le rapport entre les tribunes et le terrain est assez similaire au lien entre le plateau de théâtre et les gradins du public. La configuration relativement semblable met en jeu la catharsis d'Aristote. La catharsis, qui se définit très sommairement dans son sens premier comme la purgation des passions face à la représentation d'un acte réprimé par la morale ou la loi, est de mise au théâtre comme dans le sport. La catharsis trouve de nouveaux moyens d'expression et de représentation à travers des matches ou des rencontres sportives. Les fans, subjugués par le sport, regarde le terrain comme un espace de jeu - jeu au sens de sport, ou jeu dans un sens spectaculaire.
 
La question que je me pose alors est de savoir si l'art remplit toujours sa fonction cathartique. Dans notre société occidentale capitaliste, l'art a-t-il toujours sa place? La question a été posé dans un sondage de savoir si les gens pourraient vivre sans art. Apparemment, un nombre assez important de personnes le pourrait. Alors le sport est-il en train de remplacer le théâtre ou l'art en général? J'ai le sentiment que les publics, des stades et des salles de spectacle, ont de plus en plus de mal à se rencontrer, comme si chacun trouvait son moyen de projeter ses émotions sans comprendre le moyen de son voisin. Si le stade de foot déplace les foules, pourquoi le spectacle n'y arrive plus toujours? Sarah Kane expliquait aussi qu'elle ne quittait jamais un stade de foot avant la fin d'un match, car il pouvait se passer quelque chose d'inattendu à la dernière seconde. A contrario, elle quittait souvent les théâtres sans risquer de ne rien manquer. La récupération sportive est-elle en train de finir d'achever l'art dramatique? Il est évident qu'une certaine forme de théâtre ne rencontre plus son public. Mises en scène trop intellectualisées, discours vide et creux... Tant d'éléments qui ont vu le public déserter les salles.
 
Cet écart qui semble se creuser entre les groupes est-il une représentation synecdotique de notre société contemporaine? Y a-t-il des fossés de plus en plus grands qui empêchent les publics de se rencontrer? Si seulement les gens pouvaient s'intéresser à l'art comme ils regardent un match de foot... 

19 avril 2008

Le temps d'une note!

911753624.jpgJe relisais quelques notes de mon blog ce matin, et je me suis aperçu que je ne parle pas beaucoup du présent, ou du moins du quotidien. Je livre quelques bribes de ma vie actuelle, mais peu de choses que je fais dans mon quotidien. Peut-être qu'il n'a rien d'intéressant qui mériterait d'être transcrit ici. Je n'ai pas envie que mon blog devienne un "blog de prof". Je laisse celà à d'autres qui le font beaucoup mieux que moi... Je n'ai pas non plus envie que mon blog devienne comme ces gadgets qui permettent de dire "j'ai fait la vaisselle (il y a deux heures)" ou "je suis au cinéma (il y a trente minutes)". Finalement, je sais ce que je ne veux pas pour mon blog, mais ce que je veux, est-ce que j'en ai la moindre idée? Je parle beaucoup de mon passé. Suis-je nostalgique, passéiste? Sans doute un peu, bien sûr. Je ne vois pas cet espace comme un lieu thérapeutique, mais un moyen d'exprimer les maux par les mots... Le jeu de mots est facile, je vous l'accorde. Laisser une trace du passé, pour ne pas l'oublier, pour le figer définitivement dans le temps du récit. Mon passé, je le connais; mon présent et mon avenir me font peur. Souvent, je pense à fermer mon blog, à vous quitter. Souvent, je pense que le lien des commentaires sur vos blogs respectifs seraient suffisants. Je connais quelques uns de mes lecteurs, du moins virtuellement. D'autres me lisent peut-être, passent ici sans laisser de traces. Certaines notes suscitent des réactions, d'autres vous laissent indifférents. Souvent, ce sont celles qui me touchent le plus qui restent le plus silencieuses dans les commentaires. Mon blog, est-ce un journal intime? Ou un journal extime, comme dirait Christophe? Cet espace introspectif serait-il, paradoxalement, tourné vers les autres? Oui, évidemment. Je vous ai livré mes cicatrices, sans vous montrer ma peau. Je vous ai parlé de moi, sans vous parler de ma vie. Ou le contraire, je ne sais plus trop. J'ai livré quelques traits: enseignant, pédé, thésard, stéphanois, angliciste... J'ai donné mon pseudo et mon prénom. Andesmas, je l'ai choisi pour son côté mélancolique, en hommage à la Littérature, à l'écriture télégraphique de Duras. Certains blogs sont drôles, très drôles. Je ne sais pas faire cela ici. Je n'écris pas sur ce qui me fait rire. J'aimerais être capable de le faire, pourtant. Alors, j'écris quand j'ai mal à l'âme et au corps, j'écris sur ce qui me rend triste, ce qui m'émeut et me touche. . Mais je suis  un sensible, en deux mots...

16 avril 2008

Le temps de la vie

A quoi tient la vie? Voilà une question que je me pose souvent. Je suis là, aujourd'hui et maintenant. J'étais là, hier, avant, il y a quelques temps. Je n'ose pas dire que j'étais là autrefois, je me sentirais trop ancien, désuet. Mais serais-je là demain? plus tard? après? La vie est suspendue à un fil, ce fil là est si fin qu'il peut se briser d'une seconde à l'autre. Je vois cette personne, j'apprends trois heures plus tard qu'elle est morte. C'est un fait rare, bien sûr, un exemple que l'on ne peut pas citer tous les jours. C'est arrivé avec ma voisine. Mais la vie surtout, elle peut tout nous donner, mais aussi tout nous reprendre. Elle peut nous donner des ailes, puis nous les broyer. Elle nous amène des gens qu'on aime, puis elle s'arrange pour les faire partir toujours trop tôt. Elle nous reprend ce qu'elle nous prête. Car la vie ne donne rien en fait, c'est un prêt qu'elle nous accorde. Elle fait bien ce qu'elle veut, cette satanée garce. Orage, tempête, accalmie, elle décide de tout. Sentiment d'impuissance. Je suis là, je la regarde défiler. Elle me fait peur parfois. Je ne me reconnais plus toujours.
Ce soir, je suis mélancolique.
On croise des regards qui nous inspirent des sentiments divers et avariés: voir dans ses yeux tant de tristesse et d'inquiétude, puis croiser un autre regard plein de courage. Ne pas se plaindre, encaisser les coups. Les bleus à l'âme nous freinent, nous empêchent. On finit toujours dans le rouge avec la vie. On la défie, mais on ne gagne jamais.
Ce soir, je suis fataliste.
Elle n'est pas juste la vie. Nous ne sommes que les petits soldats d'une armée sans armes et sans défense face à elle. J'ai pleuré, souvent. Pour elle, contre elle, je ne sais plus. A trop pleurer, on en oublierait presque les raisons. Plongé dans une vallée de larmes, j'avance. Regarder en arrière, frissonner. Est-ce mieux, l'innocence? Et si demain, ma peau était rongé du mal de mon père, comment réagirais-je? Aurais-je le courage de ma mère? Vaille que vivre, a chanté la grande dame brune. Mais comment croire en la vie? Les fantômes de Auchwitz planent sur nous, autour de nous. Ceux de Verdun n'ont pas l'air loin non plus. Et dans mon esprit, un champ de bataille.
Ce soir, les questions me fusillent. Dans mes tranchées, pas encore de réponses.
J'ai une pensée pour cette fille devenue femme qui vient d'enterrer sa mère. J'ai une pensée pour le petit garçon qui a vu partir son père si tôt. J'ai une pensée pour tous ces enfants qui perdent leurs cheveux avant même d'avoir vu tomber leurs dents de lait. J'ai une pensée pour ce père qui vient d'enterrer sa fille, ce n'est pas l'ordre des choses. J'ai une pensée pour... J'en ai tellement, des pensées.
Je ne lèverai pas mon verre à la vie, ce soir. Ni aux morts.
Joanne, à je ne sais plus quelle page, dit qu'on marche avec une poignée de terre dans chaque main, avec l'envie de se les fourrer dans la gueule. Etouffer, suffoquer. Mais il y a ceux qui résistent. Ils résistent alors qu'ils n'ont plus rien à quoi s'accrocher. Ils survivent à la vie, à leur envie de vivre. Je pense à cette serveuse, que j'ai connue autrefois. Je pense à son patron, qui la veille de son mariage est venu à l'hôpital avec sa fiancée. Elle n'allait pas venir au mariage, elle avait une sacrée excuse: elle était sur le point de mourir. Alors, ils sont venus, elle en robe blanche et lui en costume. Le mariage dansait une valse macabre avec la maladie.
Le théâtre de la vie imite les plus grandes tragédies. Phèdre, Roméo, Andromaque, Lear, Juliette, regardez-nous à votre tour... avant que notre rideau ne tombe, définitivement.