02 juillet 2009

Au revoir, Philippine

Pina Bausch (1940-2009)

22 juin 2009

L'émoi de juin

Le mois de Juin est un mois de solitude pour moi. Je crois que je ne l'ai jamais aimé, car il sonne la fin de l'année scolaire. En tant qu'élève hier et en tant que prof aujourd'hui, il est associé à l'arrivée de la saison estivale, un espace d'entre-deux perdu entre le changement de rythme et les absences des uns et des autres. On ne va plus boire un verre tous ensemble parce qu'untel est en vacances, ou le week-end prévu tombe à l'eau parce qu'un autre doit s'absenter pour tel ou tel événement. De tous mes mois de juin, celui il y a deux ans a sans doute été le meilleur du pire. C'est le mois où j'ai fait la connaissance de Lionel, un garçon qui vivait en couple. Je m'étais pourtant juré de ne jamais m'approcher d'un homme en couple. Pourtant. Je m'étais retrouvé son amant, sans comprendre ce qu'il se passait vraiment. J'étais tombé amoureux d'un fantome, d'un garçon qui me cachait dans sa vie comme il se cachait de son compagnon pour me voir. Je me rendais disponible pour lui, adaptait mon emploi du temps au sien pour espérer le voir cinq minutes, pour voler un baiser ou une caresse. Si l'amour rend con et aveugle, j'avais atteint des sommets dans ce domaine avec lui. Je n'existais plus que derrière l'ombre de son absence. J'attendais bêtement à côté du téléphone, à l'affût d'un message ou d'un appel. Je ne rêvais que de sa présence, vivait dans l'hypothétique jour où... On a beau se dire qu'il ne sera jamais un petit ami officiel, on finit par y croire... Et j'y ai cru, bêtement.

Je pense aujourd'hui que cette histoire m'a fait beaucoup de mal. Cette courte relation de quelques semaines a résonné en moi comme une bombe à retardement. Il est venu à bout de mes derniers espoirs amoureux, me plongeant dans un cynisme sur les relations humaines et l'amour en général. Il me semble que la manipulation que j'ai vécue avec lui m'a blessé pour longtemps. Je comprends aujourd'hui ce sentiment de solitude qui m'envahit. Elle n'est que la réponse à mon incapacité à croire en l'autre, à penser que l'amour peut unir deux personnes. Je me pose  beaucoup de questions, arrivant à des conclusions alarmantes sur mon devenir amoureux. Je doute déjà naturellement beaucoup de ce que je peux apporter à quelqu'un, mais je suis persuadé aujourd'hui qu'il a transformé mon insécurité en une forme de rejet. Rejet de ce que je suis et pourrais être pour un hypothétique amoureux. J'ai associé les relations à la trahison, au manque de respect, au mensonge. Il a finit par me convaincre qu'aimer l'autre, c'était le forger à son image en le manipulant. Ma seule chance, dans cette histoire, a finalement été ma force de caractère  pour mettre fin à toute cette mascarade. Ma tristesse a comblé le vide un temps, puis je pensais pouvoir laisser entre quelqu'un d'autre dans ma vie... Je m'étais trompé car je ne trouvais pas plus de reconnaissance qu'avec Lionel.

La reconnaissance m'est venue bizarrement un autre mois de juin, en 2008, lorsque j'ai fait la connaissance de mon voisin. Je me suis transformé alors en Clara Sheller! Je suis persuadé que les gens ne rentrent pas sans raison dans nos vies, et j'ai trouvé auprès de lui ce qui faisait tant défaut ailleurs. Mon voisin a su trouver des mots simples et avoir quelques gestes pour me redonner confiance. Sans doute pas une confiance qui s'installerait définitivement, mais un soutien provisoire pour me réconcilier avec une partie de moi. Il n'a jamais été question de relation entre lui et moi; c'était purement amical.

En deux années, peu de personnes ont finalement traversé ma vie sur le plan personnel, mais ils ont laissé des traces, voire des cicatrices. Je ne regrette aucune de ces expériences, car j'en retire quand même une part de positif. J'ai avancé seul dans ces histoires-là, sans personne pour me dire où aller. J'ai pris les décisions qui s'imposaient, pour ne pas souffrir davantage, ni pour faire du mal autour de moi. Si le temps et les circonstances m'ont éloigné de mon voisin, j'ai coupé définitivement les ponts avec Lionel après l'avoir recroisé et revu à plusieurs occasions. Je pensais peut-être pouvoir en faire un copain, mais j'ai compris que le mensonge était la base de son quotidien, et je ne voulais pas cela.

Je sais que quelque chose en moi s'est éteint en juin 2007, des cendres sur lesquelles j'ai essayé de souffler pendant quelques mois en 2008 sans jamais y parvenir. Les efforts sont restés vains. Aujourd'hui, je me rends compte que je suis arrivé au bout de quelque chose. Les changements tant attendus après l'été me poussent à croire qu'il me faut boucler cette boucle solitaire et aller de l'avant. Je ne sais pas encore comment y parvenir, mais je vois déjà la finalité: changer de regard sur les relations, sur les gays, sur les gens en général en me persuadant que oui, il est possible d'aimer et d'être aimé sans n'avoir d'autre but que celui de partager quelque chose. La solitude est finalement une chose très relative, et l'on peut se sentir seul même en étant accompagné. La solitude est peut-être simplement la perception que l'on se fait de notre environnement proche. Je me suis senti seul pendant de longs mois, et je le paie aujourd'hui.

Je suis un amoureux convalescent. Je suis un chantier permanent. Je suis arrivé au bout de quelque chose, mais il me faut maintenant trouver  quel chemin prendre et trouve en moi l'énergie de panser mes plaies ouvertes. L'introspection n'a pas nécessairement que du bon: regarder ses erreurs peut éviter de les reproduire est positif, mais lorsque l'introspection empêche toute expérience, elle devient néfaste. Il est alors temps de changer, de passer à autre chose, de faire quelques ratures sur les pages de nos vies et de fermer ses cahiers...

20 juin 2009

Figures sans style

Je suis l'allégorie de la tristesse.
La solitude est une anamorphose de ma vie sans but.
Je suis une métaphore de la mort.

CQFD : Mes figures n'ont plus aucun style, et ma rhétorique s'essouffle.

J'accouche de quelques maux sur le papier, en espérant trouver un sens à mes écrits.
Je me suis mis en abyme, pour entendre ma dernière exposition d'expolitions.
Trop peu prolixe, si peu bavard,
je conjugue le désespoir à tous les temps,
sans n’avoir plus qu'un seul impératif.

Je me subordonne à mes désirs de fuir, dans des propositions si peu indépendantes que j'en perds mon latin. J'écris le silence et je crie le vide; l'euphémisme en est risible.

Je suis un con, jonction de la stupidité et de la bêtise.

CQFD : Je n’ai pas de style, ma figure ne ressemble à rien, ma rhétorique m’étouffe.

J'étouffe aussi mes anaphores; mon discours n'est plus un "je veux" répété, mais un "j'aurais aimé". Je suis un triste narrateur, anar' à tort.
Je me dépersonnifie, et personne s'y fie, dans un discours sans thèse ni synthèse.

Mes hypallages n'en mènent pas large, et je tords ma syntaxe à défaut de me tordre le cou.

CQFD : Mes figures sans style n’ont plus de sens, et je m’essouffle d’écrire.

Je suis un chantier en prose, ô dis-moi que j'approche de mon épilogue.
Je suis coincé entre le malheur de vivre et l'envie de mourir: l'un parfait, l'autre pas si simple.

L'homo faux nie sa vérité et voudrait que grâce à Dieu un dernier enjambement il puisse arrêter de vivre.

16 juin 2009

Ame grise

Je suis le produit consommé d'une société que je n'aime plus. Au carrefour du vertige de la mort et de l'abîme de ma vie, je regarde l'avenir sans but, sans envie, sans demain. Les espérances se sont amenuisées, déséchées, jusqu'à se voir elles-mêmes disparaître. J'ai tenté, un peu, de les conserver. Mais mon corps est un carcan, trop lourd de souvenirs défaits, trop lourd de non-sens. Sans détour, mon âme s'est fissurée, faisant résonner en mon corps cassé la cicatrice de la tristesse. Je ne suis pas heureux, je l'ai compris. Je n'aime plus la vie, je l'accepte. Chaque jour n'est finalement qu'un autre hier durant lequel je traîne mon spleen et mon mal-être comme un fardeau qui me retient de ne pas faire le grand saut. Si le vertige se conjugue à toutes les hauteurs, alors je suis au plus bas. Je lève les yeux, non plus au ciel que je ne vois plus. Je lève les yeux vers le vide de la profondeur. Paradoxe de ma vie qui n'est plus mienne. Un de plus, pour une envie de moins. L'équation de mon vécu est dans le rouge et indique l'inadéquation de l'égalité impossible à trouver : le vertige de la mort et l'abîme de la vie ne propose  pas d'équilibre, ne serait-ce que temporaire. Alors, je me laisse tomber. Toujours plus, encore plus. Je tombe vers des cieux qui ne veulent pas de moi. Mon âme mutile mon corps, et mon corps  décharné subit les suplices et les tortures de mon être. Etre, non-être, mal-être, paraître. Alors je parais, et j'apparais sous mon meilleur jour. Je souris des larmes, je ris à gorge étranglée, et je joue. Je jouis de celui qui assume sa vie, ses choix, ses envies, et que je ne suis plus. Je joue à ne pas montrer à quel point j'ai parfois envie de crever, à quel point mes rires cosmétiques comblent depuis quelques temps le vide, le néant de ma non-vie. Ma peau réclame une caresse, un baiser, que personne ne veut me donner. Et ma main ne rencontre aucune main, aucune peau. Et mon coeur ne rencontre aucun bonheur. Et mes yeux ne rencontrent plus aucun regard, de peur de me dévoiler. Si l'on découvre à quel point je me déteste, alors peut-être les autres m'aideront-ils à accepter l'imposture de ma présence ici et là. Je suis le produit à consommer d'une société dont la date de péremption est presque passée. Mais je suis là, bien là, encore un peu. Je suis en vie, sans envie.

11 juin 2009

1992

Aujourd'hui, j'ai passé ma journée à surveiller des examens. Distribution des copies, vérification des identités, remise des sujets, composition des élèves... La valse des épreuves a suivi son rythme, et, à la fin, la remise des copies a été un événement particulier pour moi. Les élèves que je surveille, cette année, sont tous nés en 1991 ou 1992. Et je ne pouvais m'empêcher, à chaque fois que je voyais quelqu'un né en 1992, de penser que lorsque ces adolescents sont venus au monde, on me retirait au même moment une partie de moi. Symbole de la vie qui continue d'avancer sans s'émouvoir.