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26.09.2008

Cordes sensibles

Quand j'étais au collège, il y avait une prof que tout le monde craignait : la prof de musique. Une femme d'environ 45-50 ans, austère, plutôt froide au premier abord, très sévère et stricte. Tout le monde avait peur d'elle. Quand on entrait dans la salle, tout le monde baissait les yeux, n'osait pas la regarder. Cette enseignante, je l'adorais. Je me souviens de sa salle, avec la chaîne stéréo, le piano d'étude, le tableau blanc avec les lignes de la portée. Il y avait son bureau, sur une petite estrade. Dans le fond, un placard avec tous les CDs, les instruments. Comme tous les élèves, je la craignais beaucoup et j'avais un immense respect pour elle. C'est aussi elle qui s'occupait de la chorale, dont je faisais partie. Ses cours étaient comme un magnifique lieu de culture. J'adorais lorsque nous étudions l'Histoire de la Musique, et qu'elle nous racontait les différentes formes musicales, les musiciens, les oeuvres. J'aimais qu'elle nous raconte comment le piano est né, comment Beethoven a dérogé aux règles de la symphonie en y ajoutant du chant. Le moment que je préférais, c'est lorsqu'elle mettait un disque dans la chaîne et que les hauts-parleurs nous remplissaient les oreilles d'allegros, d'opéras, de croches, de lieder, de blanches et de noires, de silences, de sonates... Aujourd'hui encore, lorsque j'entends un morceau étudié en classe, je me rappelle des cours de cette dame. Bien sûr, le temps a effacé certaines connaissances qu'elle m'a transmises toutes ces années. Bien sûr, mes oreilles ne reconnaissent plus tous les instruments que l'on apprenait à retrouver dans les oeuvres. A chaque fois, quand elle demandait quels instruments on avait entendus, toutes les mains se levaient pour dire le piano, le violon ou la contrebasse, le clavecin ou encore la trompette. Puis le jeu devenait plus difficile : certains instruments, plus rares, ou bien cachés derrière les violons, étaient plus  coriaces à retrouver. Je garde en moi un petit bout de la passion qu'elle a essayé de faire naître en nous. En ce sens, elle a réussi sa mission, et je lui en suis reconnaissant. L'autre jour, dans un magasin, j'ai trouvé un CD de musique classique dont on avait étudié certains morceaux pendant mes années collège. Je n'ai pu m'empêcher d'avoir une pensée pour cette dame, qui est aujourd'hui à la retraite je crois. En mettant le disque dans le lecteur CD ma voiture, dès les premières notes, tous ces souvenirs me sont revenus en tête. Il a suffi d'un violon, d'une corde frottée pour que ma corde sensible se réveille. Et depuis quelques jours, j'écoute avec plaisir et nostalgie ce disque, en me disant que c'est sans doute le premier d'une longue série que je m'apprête à acheter... Certains enseignants plantent en nous des graines qui mettent des années à germer, mais elles sont là, enfouis au fond de nous. Et lorsqu'elles resurgissent, on accepte le bonheur d'un enseignement, d'une passion, d'un peu de culture...

23.09.2008

Crise virtuelle

edvige.jpg
Je parlais il y a quelques temps, dans une note précédente sur l'amitié, de Facebook. De plus en plus, je me pose des questions sur le virtuel, sur internet, sur le quotidien. Bien sûr, je fais partie de la génération internet ; je l'ai découvert lorsque j'étais adolescent, en même temps presque que le téléphone portable. J'ai rapidement découvert MSN, les SMS, les chats. Puis j'avais ouvert un premier blog en 2004, lorsque je vivais à Lyon. Puis silence quelques années. Retour sur le net, avec plusieurs blogs, dont seul Andesmas semble survivre au temps. Il y a maintenant Facebook. Je ne vais plus sur les chats, je les trouve si peu intéressants. Je me rappelle, en 2001-2002, tout au début des salons de discussion. Tout y était artisanal: pas de photo, pas de vidéo, parfois un profil. Il fallait s'envoyer sa photo par mail, et il fallait un temps incroyable pour la charger. Bas débit oblige. Les gens venaient pour discuter, créer un lien. On s'amusait bien, sur le chat gay@lyon de Caramail. Une véritable petite communauté. On passait parfois des semaines à discuter, sans forcément se rencontrer. Les chats ont bien changé en quelques années. Ils sont maintenant au top de la technologie, et la photo est le césame obligatoire pour discuter avec quelqu'un. Les discussions sont beaucoup plus crues, et on y trouve surtout du cul. Bien sûr, en cherchant, on doit pouvoir trouver quelques personnes qui ont envie d'autre chose qu'un plan. Mais passer des soirées sur Internet, face à un écran, me déprime. C'est pour cela que je n'ai aucun profil sur les sites de rencontres. Je préfère la compagnie d'un livre, d'un film, ou encore mieux, une soirée avec un copain, un ami. J'ai MSN, mais ma crise d'anonymat du moment m'a poussé à changer d'adresse et faire du tri dans mes contacts. Et il y a bien sûr, Facebook, le site à la mode, le truc branché sur lequel on retrouve 200 amis... J'ai également changé de profil sur Facebook, pris un faux nom et fait beaucoup de tri. Il y avait dans ma liste des gens que je ne connais plus depuis dix ans, et je n'ai aucune envie de regarder vers le passé. Je crois que j'aime trop le présent et l'avenir. Même si j'écris beaucoup sur le passé, je ne veux pas le revivre. Il est là où il est. Je le regarde avec émotion, plaisir, ou souffrance, mais je préfère me tourner vers demain. Facebook, c'est aussi encore un endroit où l'on se fiche soi-même, un Edvige du lien social. Comme si nos noms n'étaient pas assez répertoriés dans je ne sais quels fichiers. Je me rappelle, il y a deux ans, un élève avait trouvé mon profil sur Copains d'Avant. Il était arrivé en cours avec une feuille où il avait recopié toutes les informations à mon sujet. J'avais immédiatement fermé mon compte sur ce site. Il n'y avait pas de secret dans ce que je disais. Puis si j'avais accepté la publication de données me concernant, je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même. Je suis plus prudent aujourd'hui, enfin j'essaie. Je crois que mon rejet du virtuel n'a jamais été aussi fort. Crise virtuelle de l'anonymat. Mais par chance, c'est aussi par ce lien virtuel que j'ai pu nouer quelques liens avec des gens fort sympathiques... Paradoxe du cyber-humain?!

16.09.2008

Lucky me!

Il y a des semaines qui débutent mal...

Tout d'abord, ma voiture va encore me coûter un bras, car je suis un peu descendu d'un trottoir sans voir qu'il était un peu trop haut. Et ça a fait un bruit bizarre et que ça a tout niqué le dessous de la bagnole... Bon, pour me défendre, je dois dire qu'il faisait nuit, et même si j'ai mes lunettes sur le nez, j'ai du mal à évaluer les distances, les hauteurs... A force que la plupart des mecs fassent croire que 12 cm font 20 cm... J'amène la voiture chez le garagiste qui me dit qu'il n'aura pas les pièces tout de suite. Donc, pas de voiture hier et ce matin. Heureusement, je peux la récupérer tout à l'heure. J'ai passé la journée à flipper à me demander comment aller au boulot aujourd'hui. Remarque, je n'y serais pas allé!

Ensuite, il y a un problème de VMC dans mon immeuble. Il se trouve que la VMC se trouve juste à côté de mon appart. Donc depuis quelques temps, à cause du truc qui est complètement bousillé dans la mahcine et qui fait que j'ai un vibromasseur géant à un mètre de mon appartement dysfonctionnement, j'entends beaucoup de bruit,  et ça vibre sur le mur de mon salon et sur mon plancher. Hier, je décide d'harceler de téléphoner à la société de réparation. Ils doivent me rappeler me fixer un rendez-vous. J'attends toujours...

Mais la cerise sur le gâteau vient quand même de ma mère, hier après-midi, qui m'appelle pour m'annoncer qu'elle venait d'apprendre que je serai inspecté cette année. Et ça la faisait rire... Mais par chance, elle me soutient pas du tout parce qu'elle trouve ça super drôle tellement qu'elle les trouve cons au ministère à fond, car elle pense que c'est du sérieux tout ça! Au ministère, ils n'ont pas encore compris que je partais à la fin de l'année, quoiqu'il en soit. Qu'ils me valident ou non l'inspection ne changera rien, puisque je demande ma cessation d'activité pour le mois de juin. Note pour plus tard: il faut que j'arrive à les convaincre de ne pas venir m'emmerder m'inspecter...

Enfin, ce matin, j'ouvre ma boîte mail, et j'apprends que vendredi, je n'ai pas trente minutes pour communiquer, mais seulement vingt... Il va donc falloir que je réduise d'une page ou deux ma communication... Il me reste trois jours... Je suis super large au niveau du temps!

Mais à part ça, tout va bien! Vous aussi?

14.09.2008

Profession, étudiant.

Il y a quelques mois, le Lapin Givré avait fait une note sur les thésards. Dans cette note, Vincent se demandait comment on pouvait passer plusieurs années à travailler sur un sujet aussi gros qu'une tête d'éplingle. Je n'ai jamais vraiment réfléchi à cette question, pour être franc. Lorsque ma directrice de recherches m'a proposé de faire un doctorat, nous étions dans les dernières corrections du mémoire de Master 2, et l'idée ne m'avait pas traversé la tête. Pour moi, quelqu'un qui fait une thèse, c'est une personne qui a déjà lu trois mille livres, qui a une culture générale parfaite... Enfin, quelqu'un qui a atteint un niveau que je ne pense vraiment pas encore avoir! Il y a des tas de domaines où ma culture frôle le zéro, mais j'espère qu'avec le temps, je pourrai combler tout cela.

Au tout départ, ma directrice voulait que je passe les concours. Nous verrions pour une thèse ensuite. Mais les circonstances ont modifié quelque peu l'ordre des choses. Quand je suis rentré d'Irlande, en juin 2006, je n'avais pas vraiment de projet professionnel. Un jour, vers mi-juin, nous étions dans ma cuisine à boire un thé, quand ma directrice de recherches me dit, de manière innocente : "Vous savez, Samuel, vous avez toujours la possibilité de soutenir votre mémoire à la rentrée..." Seulement, le mémoire n'était pas commencé; j'avais une idée du sujet, mais mon esprit était encore dans les bras d'Aidan, mon amoureux dublinois. J'étais rentré en France triste, et je devais en plus faire face au second cancer de ma mère. C'est alors que je me suis tout de même plongé dans le mémoire. J'ai relevé le défi, sans savoir si j'aurais le temps de tout faire. Mais ce n'était pas important, l'essentiel était d'avoir la tête occupée! C'est ainsi que j'ai écrit près de 200 pages en deux mois environ. Je ne savais plus vraiment reconnaître le jour de la nuit; je prenais parfois ma voiture en plein milieu de la nuit pour porter des pages du mémoire dans la boîte à lettres de ma directrice. Le lendemain matin, je recevais un mail ou un texo pour me dire ce qui allait ou non. Elle m'avait proposé un défi, et je dois dire qu'elle m'a sacrément aidé à le relever. Je crois que peu d'étudiants ont la chance d'avoir une directrice de recherches aussi présente, dévouée, sérieuse et passionnée par son travail. J'espère un jour lui ressembler. Le 8 septembre, mon mémoire était déposé au secrétariat de ma faculté. Je pense que la proposition d'enchaîner avec une thèse est venue comme la récompense de ce travail, de ce sacrifice qui au fond n'en était pas un. Cet été-là, j'ai fait le deuil de l'Irlande sans y penser, trop absorbé par mes recherches. Mes parents avaient été embrigadés dans le projet; ils me servaient de relecteurs. C'est ainsi que ma mère a traversé les chimios sans trop y penser non plus.

Quand je me suis inscrit en thèse, quinze jours après avoir soutenu mon mémoire, je n'en croyais pas mes yeux de voir sur ma carte d'étudiant "doctorat d'études anglaises". Voilà pourquoi je ne me suis jamais vraiment posé la question du pourquoi du comment. Les choses se sont faites, comme ça, naturellement. Travailler sur un sujet qui me tient à coeur est une source de plaisir immense. Réfléchir, penser... Quelle stimulation! Je crois que j'ai besoin d'être stimulé intellectuellement pour avancer. Sans sombrer dans l'intellectualisme à deux balles, je trouve dans mes recherches quelques réponses, ou quelques bribes de réflexion. Bien sûr, il y a des sacrifices à faire. J'ai déjà annulé des sorties car j'avais un article à rendre absolument pour une publication, ou parce que j'étais en retard sur une communication... C'est une activité solitaire, qu'il est souvent, je trouve, difficile de partager. Les gens autour ne comprennent pas toujours les enjeux de notre travail. Entre les "mais ça intéresse personne ton truc!" et les "mais tu fais quoi exactement?", "ah bon? t'es encore étudiant? mais t'as des cours à la fac?", sans compter les "mais ça va te mener où tout ça?", les gens sont à des années lumière de notre travail. Ou plutôt, j'ai envie de dire que c'est notre travail qui est à des années lumière de leur quotidien. Et ça me semble normal, tellement la recherche littéraire est méconnue! Vendredi, je participe à une journée d'études, où je dois communiquer sur la musicalité d'un texte contemporain, et je suis heureux car chaque article est l'occasion pour moi de me pencher sur un aspect du théâtre que je n'ai encore jamais eu l'occasion d'aborder. J'ai travaillé sur la déconstruction du personnage, la question du lieu scénique, l'effacement du corps, les liens entre chorégraphie et dramaturgie, et me voilà à travailler sur un autre thème, la musicalité du texte. Chaque recherche est comme un challenge, comme une pulsion qui me porte un peu plus loin dans mes connaissances. J'aime écrire, gribouiller mes articles pour améliorer le style... Par contre, voir mon nom dans un ouvrage, c'est un peu toujours la même surprise de me dire que le nom que je lis est le mien. Je ne m'y habitue pas. Il y a quelques temps, une amie me dit : "Tiens, j'ai tapé ton nom sur Google, j'ai trouvé des pages où tu es inscrit." Alors, par curiosité, je l'ai fait aussi, et j'ai trouvé quelques liens vers des programmes de colloque, vers le résumé d'un bouquin. Et je n'y croyais pas, et je n'y crois toujours pas.

Même si j'écris toujours sur ce qui ne va pas, je me rends compte ce soir que je peux écrire, parfois (mais ne vous y habituez pas trop!), sur des choses qui vont, car malgré les doutes et les questions qu'une thèse suscite, je suis heureux d'être là où j'en suis dans mon parcours d'étudiant. C'est peut-être un gros chantier, mais j'en suis fier. Peut-être la seule fierté que j'ai, mais elle vaut le coup, vraiment!

10.09.2008

Il est un autre je

Il aurait voulu naître noir, de sexe féminin et s'appeler Toni Morrison. Il aurait voulu avoir vingt ans dans les années 1960. Il aurait voulu être hétérosexuel, car il ne se reconnaît pas dans la communauté gay. Il aurait voulu voir certaines histoires d'amour ne jamais se terminer. Mais il aurait préféré ne pas être homo, tout de même. Il n'aimerait pas avoir d'enfant, car le prolongement de sa propre chair lui est insupportable. Il aurait adoré cotoyer Sartre. Il adorerait faire quinze kilos de moins, mesurer quelques centimètres de plus, et avoir un visage qu'il regarderait dans un miroir. Il aurait voulu être mignon, tout simplement. Il aurait voulu naître à la Renaissance, cotoyer Shakespeare et voir des pièces de théâtre au Globe. Il aimerait ne pas voir sa mère partir trop tôt; comme son père. Il serait content s'il arrivait à gérer sa peur du cancer; mais c'est irrationnel. Il aurait voulu faire la connaissance de Marx et de Jaurès. Il serait tellement soulagé d'être capable d'aimer, d'arrêter de se croire insensible. Il aimerait juste pouvoir ouvrir son coeur à quelqu'un qui ne le trahirait pas. Juste une fois, mais la bonne. Il voudrait tellement croire qu'il n'est pas trop con, et que les gens peuvent s'intéresser à lui, être ami avec lui. Il aurait aimé parler couramment allemand dans la première moitié du vingtième siècle pour rencontrer Freud. Il aurait voulu avoir un peu plus confiance en lui, pour ne pas se demander si les gens l'apprécient quand ils le rencontrent. Il voudrait aussi croire qu'un jour quelqu'un l'aimera. Il aurait voulu naître quelques années plus tôt en Angleterre, pour dire à Sarah Kane à quel point son oeuvre lui parle. Il souhaiterait avoir un talent, savoir faire quelque chose d'artistique. Il aurait tellement envie de travailler un jour dans une université, et faire de la recherche son métier. Il voudrait conquérir le monde intellectuel. Il voudrait vivre dans un monde où les apparences ne seraient qu'un concept abstrait. S'il osait, il aimerait écrire. Une pièce de théâtre, peut-être. Il voudrait avoir un autre physique. A défaut, il misera sur l'intelligence, s'il le peut. Il aurait voulu naître noir, de sexe féminin et s'appeler Angela Davis. Il aimerait lâcher prise, se laisser tomber, pour mieux rebondir. Il voudrait passer plus de temps avec ses amis qui sont loin. Il aurait voulu ne pas croiser la route de certaines personnes. Il aimerait avoir plus de passions, plus de culture. Il voudrait parfois être au delà de ce qu'il est, car il a peur d'être en dessous de ce qu'on attend de lui. Il aurait voulu partager avec Beckett plus qu'un prénom. Il adorerait ne plus avoir peur de vivre ou de mourir. Il parle de lui à la troisième personne, tellement être lui-même lui est insupportable.

08.09.2008

De l'amitié et du passé

Mes amis ont commencé à s'envoler aux quatre vents. L'une est en Ecosse, une autre s'apprête à quitter Saint Etienne pour relancer sa carrière professionnelle laissée en jachère depuis quelques mois. Certains, étant profs, ont été mutés aux quatre points cardinaux du pays. Il est vrai que je n'ai pas toujours fait l'effort de profiter de ceux qui sont encore là, par manque de temps souvent. Je sais qu'il me faut reconstruire mon cercle d'amis, essayer d'être présent au delà d'un texto ou d'un courriel. Mais je me suis rendu compte aussi, qu'à cause de Facebook, on retrouvait des gens oubliés, effacés de nos vies. J'ai toujours cru - peut-être à tort - que si un jour ou un autre les chemins se séparent, il y a peu de chances qu'ils se rejoignent à nouveau. Pourtant, j'ai un joli exemple d'un chanteur et d'un danseur qui se sont retrouvés sur ce site... Mais je sais qu'aujourd'hui, je veux renoncer à un passé pour lequel je n'ai aucune nostalgie. Je me souviens qu'un jour, quelqu'un m'avait dit : "Vous savez, Samuel, vous avez changé, mais la plupart des gens autour de vous ne l'ont pas vu. Vous vous épanouierez ailleurs, où les gens verront votre véritable personnalité." Je dois reconnaître que mes amis de lycée ou de collège (je n'ai pas d'amis d'enfance) s'éloignent de mes préoccupations. Ils ne comprennent plus ce que je fais, ce que je pense. Mais je ne leur en veux pas, c'est moi qui ai changé. Une copine l'autre jour m'a carrément dit : "Mais je comprends plus rien, t'es encore étudiant?". Il y a un groupe sur Facebook pour les gens qui passent leur temps à expliquer ce qu'ils font dans la vie, peut-être devrais m'y abonner! Pour en revenir à Facebook, je crois qu'il va me falloir faire du tri. Couper le dernier fil qui me relie à un passé révolu et résolu. Car même si je ne m'aime pas encore - ma crise d'identité a l'air de s'installer durablement!  - comme il le faudrait, je n'aime pas/plus (je rayerai la mention inutile plus tard) ce que j'ai parfois été. Je n'ai plus rien à dire à ces gens qui ne savent pas mieux que me raconter. On échange un message ou deux, pour savoir ce que chacun est devenu, puis le silence et la distance reprennent leur droit. Alors, je désambule dans ce vide de l'éloignement, en espérant tôt ou tard trouver un chemin et des mains vers lesquelles tendre la mienne...

05.09.2008

Liens de sang

La semaine a été assez chargée. Il a fallu gérer la rentrée tout d'abord. Je suis professeur principal d'une classe de 37 élèves cette année, et la paperasse est lourde à gérer. Entre les autorisations de sortie, les emplois du temps et les conventions de stage, j'ai passé plus d'heures à faire de l'administratif que de l'enseignement jusqu'à maintenant. Je suis rentré chez mes parents quelques jours, puis revenu chez moi, avant de repartir chez eux. Il faut gérer le "post-enterrement" de mon grand-père.

J'ai eu l'occasion de revoir des oncles et tantes, du côté de mon père. J'avais déjà mis des distances depuis quelques années. L'enterrement a confirmé mon envie de ne plus les revoir. Couper les ponts avec eux, une bonne fois pour toute. Entendre ma grand-mère critiquer ma mère qui vient lui faire son ménage m'est insupportable. Apprendre qu'une de mes tantes dit que je ne suis qu'un "petit-fils par adoption" dépasse l'entendement. Effectivement, je n'ai pas de lien de sang avec ces gens-là. Oui, je suis rentré dans la famille parce que mon beau-père a eu un jour envie de devenir mon père. Il m'a adopté, c'était il y a près de 10 ans. Depuis ce jour, je porte son nom, acollé à celui de mon père biologique. Mais s'il faut avoir des liens de sang pour appartenir à une famille, alors le XXIème siècle ne sera pas le siècle familial. Nous sommes une famille recomposée, et je crois que les liens que nous avons tissés sont encore plus forts. Plus forts que quelques globules rouges. Pour moi, avoir une famille ne veut pas dire être une famille. La mienne, je l'ai choisie. Il y a des gens que j'aime fort, avec qui je n'ai pas de lien sanguin, mais qui représente beaucoup de choses à mes yeux. A côté, il y a ceux avec qui je partage un patrimoine génétique mais absolument rien. Ma famille, ce sont aussi quelques amis.

Je repense à une pièce de théâtre écossaise, The People Next Door, dans laquelle trois voisins se retrouvent pour recréer un foyer. Il y a ce pauvre adulte perdu, post-adolescent en marge. Une vieille dame, seule et isolée. Un jeune adolescent, fils de prostituée. Tous les trois, ils se créent un cocon. C'est peut-être ça, la définition du terme "famille" aujourd'hui. La famille nucléaire explose, et on la reconstruit comme on veut, ou comme on peut. Un père, une mère, un beau-père ou une belle-mère, deux papas sans maman, ou l'inverse, "des frères et des soeurs à demi qu'on aimera" comme chantait Zazie...

Un jour, j'ai entendu mon père dire, à propos de mon adoption, qu'il avait un fils et qu'en plus il l'avait choisi. ll avait choisi cette paternité. Nous avons pris la décision tous les trois, avec ma mère. Depuis je porte deux noms, séparés par un petit tiret. Tiret du lien qui s'est tissé entre la chair de mon père biologique et l'amour de mon père adoptif. Alors, si je ne suis qu'un "petit-fils par adoption", je sais que je suis un fils à part entière. Au diable le reste, leurs mots n'ont pas de sens à mes yeux. Leur existence non plus.

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